LA SAMIHYA

L'ENUMERATION

LA SAMIHYA

L'ENUMERATION

La Sarnkbyà détermine de façon quantitative et qualitative les différents éléments qui constituent la réalité dans laquelle nous vivons.

Dans de nombreux textes de la tradition Indienne, le monde, son fonctionnement, sa genèse sont abondement décrits. A chaque époque, ces descriptions sont influencées par la vision du monde dominante. Un système imprègne toutes les traditions : la Samkhyà. Elle décrit tous les aspects du cosmos allant de l'unité primordiale au foisonnement de la vie sur terre, et inclut dans cette structure le corps et

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La Sarnkbyà détermine de façon quantitative et qualitative les différents éléments qui constituent la réalité dans laquelle nous vivons. Elle rend compte de l'effort méthodique d'explication de l'univers, de la tentative des anciens sages (les Rishis) de découvrir des lois par-delà la variété des phénomènes visibles ou invisibles, et leurs développements dans l'espace et le temps.
Elle décrit et dénombre des « catégories du réel », les Tattwas. Les Taltwas sont les grands principes élémentaires qui constituent la manifestation dynamique du monde.
La Sarnkhyâ est exposée dans la philosophie védique originelle, reprise dans la Bhagavad Cita et dans deux des Upanishads parmi les plus anciennes, notamment la Katha et la Svetasvatara... Puis elle est systématisée en doctrine dans le Sârnldiya Kdirile.
Dans l'extrait suivant de « Point de vue sur le Samkhya », Florence Grenier décrit les deux premiers
Tattvas :la conscience et l'énergie : Purusha, Praleiti puis les trois puissances élémentaires nommées
Gunas
- Sauva est le principe d'équilibre, de perfection, il est de nature lumineuse, spatiale   .....»,
- Rajas est le principe créateur, d'activité, il est de nature dynamique,
- Tacna est le principe d'inertie, de résistance, il est de nature obscure.
Les Gunas sont des modes de fonctionnements et des qualités              de l'énergie primordiale.
Ils s'imbriquent continuellement, et permettent la production de tous les modes d'existence (Tattwas).
« Le Samkhya raconte l'histoire de l'incarnation. Il décrit ce mouvement vers la terre, cet assombrissement inéluctable. Plus je descends, plus je m'incarne, plus je perds la conscience de ce que je suis, plus je sombre dans l'oubli de mon origine...
Le Samkhya me raconte les épousailles de la Conscience Purusha et de la Matière Prakitri.
Drôle d'union en vérité. La relation semble totalisèrent fusionnelle, à s'y tromper. Car la Conscience se travestit. Privée de tout attribut, frustrée peut-être de ne point être vue, la Conscience se mêle habilement à la Matière, s'empare du visible, se voile de I >attrait et de la répulsion. Sans la Matière, que pourrait faire la Conscience ? Cette fusion apparente sème la confusion :         la Conscience m'apparaît limitée, semble se heurter au fini.
La Matière n'est pas en reste: elle s'approprie la Conscience. Prise par le tourbillon obscur qui règne, elle nous fait prendre les vessies pour des lanternes. Or sans la Conscience, qui, en nous pourrait voir la Matière ?
Dans ce ménage à deux, chacun garde en fait son rôle, La conscience semble agir, niais c'est bien la Matière qui est agissante. La Matière semble consciente, mais c'est bien la Conscience qui voit.
Trois forces complémentaires (les          ninas), opposées et rivales sont les moteurs de la création.
La première est une force descendante (Tamis) qui obscurcit. Sans ce pouvoir d'attraction, l'incarnation serait impossible... Grâce soit rendue à cette force obscure... La Conscience et la
Matière demeureraient telles des célibataires endurcies. Personne pour voir danser la matière qui ne serait que danse sans vie... Cette inertie me fait naître et me donne une densité.
Une autre force est disponible en moi (Rajas)... D'un genre plutôt remuant, qui ne tient pas en place et me pousse changer d'état... Inévitablement, ce qui semblait immuable, bouge. Cette force mouvante et expansive est à la source de tous mes désirs et de toutes mes souffrances.

Puis... (Sattva) la troisième force. Combiné aux deux autres, ce troisième larron fait son apparition et m'aspire vers le haut dans la lumière. Oui, un courant de clairvoyance et de paix existe en moi. Une force à la puissance révélatrice qu'il m'appartient d'entretenir. L'intelligence. qui me permet de discerner et de voir juste, baigne dans celte troisième tendance.
C'est à partir de la combinaison de ces trois puissances synergiques que s'enclenche un processus de production en cascades. C'est à partir de là que naît la manifestation. »
La manifestation se poursuit graduellement, de plus en plus diversifiée et de plus en dense.
L'extrait suivant évoque l'apparition des Tattwas suivants :        les éléments subtils en premier
(Tanmatras), puis les 'déments denses (Bhutas), le tout constituant la réalité.
Puis il décrit la nature tic ce qui assure la continuité de la création, « le souffle de vie », souvent nommé Prâ'na,ici appelé Svara (vibration créatrice).

L'Ashtanga Yoga

Introducion

J'ai découvert le yoga à 30 ans, et comme pour la plupart des occidentaux, d'importants verrous corporels et psychologiques s'étaient scellés au point de ne pouvoir imaginer que cela puisse être différent ni que ça puisse être source de bien des problèmes.

C'est alors que la pratique des asanas s'est imposée comme réparatrice et salvatrice.La première évidence a été la connexion entre le corps et le mental. Après chaque cours, je me sentais régénérée, libérée, adoucie et renforcée. Ca me poursuivait quelques heures...

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puis ça disparaissait jusqu'au cours suivant. Au fil du temps, les réflexes "yoga" ont pris le pas au delà du tapis, et la progression s'est installée sans même avoir l'impression de faire d'efforts particuliers... une conscience s'est mise en place. Sans cette conscience nécessaire, le corps et le mental se cloisonnent. S'installent alors de mauvaises habitudes, des blocages, des frustrations, des déséquilibres, des abus, des dépendances, etc. contre lesquelles il est difficile de se libérer ensuite. Aujourd'hui, là où je me pensais incapable de changer, tant sur le plan comportemental, que sur le plan corporel ou cérébral, une étonnante métamorphose a pu s'opérer, au point que mon entourage en soit intrigué et intéressé.

" Les asana, dont l'élaboration a duré des siècles, sont destinés à exercer chaque muscle, chaque nerf et chaque glande du corps. Ils procurent un physique agréable, souple et fort,
sans excès de muscles, et garantissent le corps contre la maladie. Ils diminuent la fatigue et apaisent les nerfs. Mais leur importance réelle réside dans la façon dont ils exercent et
disciplinent l'esprit.". Bible du yoga, p51

En toute objectivité, je dois tout ce bénéfice aux enseignants qui ont su amener ma rencontre avec le yoga de manière douce et rassurante, et me stimuler à suivre une
progression et avoir foi en la patience et l'assiduité pour partir à la découverte de moi-même. Je crois que cette assiduité est fondamentale car elle permet de tisser une relation en l'élève
et l'enseignant, afin que l'enseignant sache au mieux diriger son élève dans sa progression. Mon apprentissage des postures, amené avec la conscience du yoga au delà du tapis, a eu pour conséquences des effets durables et profonds.
J'ai appris à ne pas brutaliser mon corps, à accepter que les progrès puissent nécessiter du temps, à être bienveillante envers moi-même, à ne pas me comparer aux autres systématiquement... L'enseignant doit transmettre ces valeurs et inspirer confiance.
La confiance est indispensable. Pour reprendre les propos de Radha Warrel (l'une des premières femmes européennes à avoir étudié auprès de Pattabhi Jois), il est essentiel pour un élève qui pratique l'ashtanga yoga d'avoir un enseignant qui sait le freiner si il va trop vite. L'ego veut accomplir des progrès rapides ou atteindre une posture qui soit belle visuellement.
Mais l'aspect extérieur de la posture n'importe absolument pas. C'est le mental qui compte.
La pratique est toujours la même, c'est le corps et l'esprit, chaque jour différents, qui en font une expérience différente et enrichie à chaque fois... Chaque élève peut et doit prendre conscience de sa capacité à s'affranchir de ses mauvaises habitudes et veiller à son état de santé corporelle et mentale. Mais il doit pour cela accepter l'idée que le chemin sera long et lent, mais toujours progressif.

Yoga-sûtra I-32 - " Pour éliminer cela1, il faut centrer sa pratique sur un seul principe à la fois "
Ne pas se disperser, ne pas vouloir tout expérimenter à la fois, creuser son sillon avec patience et humilité. L'apprentissage de cette non-dispersion se fait dans la pratique du Yoga où l'on suit un fil conducteur. l'effort d'attention du début devient état d'attention. De Asana, on passe tout naturellement à Pranayama. On crée les conditions et l'état de Yoga s'installe...
1- "Cela" fait référence au sutra précédent qui évoque la dispersion mentale, amenée par la souffrance, l'angoisse, la nervosité, etc.

C'est cette approche que j'ai, à mon tour, envie de transmettre et de partager. Recréer les connexions perdues et faire connaissance avec chaque partie de notre individu ne s'illustre pas uniquement par de superbes performances acrobatiques. Et ce n'est un secret pour personne, les asanas ne représentent qu'une infime partie palpable du yoga ! Si l’enseignant souhaite amener une partie des 8 piliers du yoga (voir ci-dessous) dans son enseignement, il doit accepter qu’une pratique hebdomadaire de 90 minutes (ce qui représente en moyenne la fréquence de pratique des élèves débutants) ne peut pas être amenée avec brutalité. Il s’agit donc de savoir comment partitionner le yoga dans sa globalité, pour ne pas noyer ses élèves sous un tsunami d'informations...

LES 8 PILIERS

DU YOGA

Là est, selon moi, toute la responsabilité de l'enseignant et doit faire l'objet d'une pédagogie subtile et empreinte d'une certaine psychologie.

A l’inverse, une appréhension grossière, rapide, sans conscience ni patience, fondée uniquement sur la prouesse technique et la performance, serait superficielle, hors de propos et éphémère.

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Cela pourrait même être source d’écoeurement, de blessure ou de découragement. L’effort n’est pas nécessairement opposé à la douceur et à la prudence. C’est aussi ce que nous apprend la philosophie du yoga et que l’enseignant doit mettre en pratique dans son partage et se doit de transmettre…

Par ailleurs, et pour conclure cette présentation, la notion de progression mérite d’être acquise dès le début de l’apprentissage du yoga, car c’est un paramètre qui poursuit chaque pratiquant (élève, comme enseignant) tout au long de son expérience avec le yoga, aussi averti soit-il. D'ailleurs, l'ashtanga yoga est lui-même construit de manière progressive : chaque posture d'une série permet de se préparer à la posture suivante, et chaque série prépare à la série suivante. Le yoga n'est pas un sport. Il n'a pas d'objectif qui puisse être délimité dans le temps. C'est le chemin d'une vie, qui se développe et se déploie pas à pas, sans fin...

"L'étude du yoga ne ressemble pas à la préparation d'un diplôme ou d'un grade universitaire que l'on désire obtenir dans un temps déterminé". Bible du yoga, p32

LE YOGA

ENSEIGNEMENT

Les sources

L’enseignement tel que nous le connaissons aujourd'hui nous vient du grand Yogi contemporain Sri Tirumalai Krishnamacharya (né en 1888 en Inde, et décédé en 1989), philosophe indien spécialiste de la philosophie indienne.

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Parmi ses étudiants, certains sont devenus les professeurs les plus influents de notre époque : ses propres fils : T.K.V. Desikachar et TK Sribbashyam, B.K.S. Iyengar, Pattabhi Jois, et Indra Devi.
L'enseignement de B.K.S. Iyengar et Pattabhi Jois est basé sur leurs propres expériences avec Krishnamacharya dans les années 1930 à Mysore, quand ils étaient tous les deux de jeunes hommes. Leurs styles en restent profondément marqués en ce qu'ils reflètent une forme de yoga dynamique approprié à de jeunes constitutions et particulièrement centré sur la pratique posturale (āsana). Toutefois, les professeurs comme T.K.V. Desikachar, l'A.G. Mohan et Srivatsa Ramaswami enseignent une plus large partie des enseignements de Krishanamacharya. Ce mode de yoga dépasse la seule pratique de l'asana et s'adapte à l'élève, tenant compte de sa santé, de son énergie, de son physique, de son sexe, de son âge mais aussi du lieu de la pratique. Début de l'enseignement du yoga
Du Tibet, Krishnamacharya retourne en Inde du Sud étudier l'Ayurveda, la pratique médicale traditionnelle de l'Inde, aussi bien que Nyaya, "une école Védique de la logique". En 1924 il est invité par le Maharaja de Mysore à ouvrir une école de yoga où il va enseigner jusqu'en 1955. Celui-ci voit dans le yoga une aide pour traiter ses nombreux maux.

Le Maharaja est si impressionné par Krishnamacharya qu'il l'invite à l'enseigner à la famille royale et lui donne l'aile d'un palais voisin pour ouvrir une école de yoga. Parce que plusieurs de ses étudiants, de cette époque, étaient des garçons dynamiques, il a développé un modèle vigoureux de yoga visant à construire la force et la vigueur, connu aujourd'hui au travers du populaire Ashtanga vinyasa Yoga. Il devient bientôt le conseiller de confiance du Maharaja, et est bientôt autant recherché comme instructeur que comme guérisseur de yoga. Après l'indépendance de l'Inde, un des premiers actes des nouveaux politiques indiens est de détrôner le Maharaja mettant fin à son long règne, ainsi qu'au soutien que reçoit Krishnamacharya.


Certaines personnes le consultaient, comme un médecin, dans le but de trouver une solution à leurs problèmes de santé. Une fois qu'une personne commençait à voir Krishnamacharya, il travaillait avec elle à un certain nombre de niveaux comprenant celui d'ajuster leur régime, créer les médecines d'herboristerie et d'établir une série de postures de yoga qui lui serait bénéfique. En formant une personne à la pratique du yoga, Krishnamacharya a en particulier souligné l'importance de combiner le travail du souffle (pranayama) avec les postures des (asana) de yoga et méditation (dhyana) pour atteindre le but désiré. Il continuait à voir la personne approximativement une fois par semaine pour surveiller ses progrès jusqu'à ce qu’elle soit guérie.


Alors même que Krishnamacharya soutenait que les textes de yoga les plus importants étaient les yoga Sutras de Patanjali, le yoga Rahasya de Nathamuni et la Bhagavad Gita, sa plus grande force était sa capacité à prendre "l'enseignement classique du yoga et de la philosophie indienne" et de les combiner dans un cadre moderne. En faisant ceci il pouvait raviver la pratique du yoga de sorte qu'elle soit "précise et puissante".

La place de l'enseignant

Un enseignement juste consiste à installer de bonnes conditions pour la personne qui découvre le yoga, en fonction de ses conditions, de son âge, de son état de santé, etc. C'est de cette façon que son intérêt pourra être stimulé, en comprenant ce qui la transporte, et non en exécutant des ordres ou en copiant sur les autres...

« La première chose qu’un enseignant doit se rappeler, c’est que tous les élèves qui se tiennent devant lui sont aussi importants que lui. » B. K. S. Iyengar

Il faut être prudent quant l’usage que l'on fait de sa propre expérience. On ne doit pas perdre de vue qu'elle reste personnelle et singulière, et ne peut être considérée comme un repère applicable à tous. Chaque pratiquant vit sa propre expérience. Il est donc essentiel de rendre ses élèves, rapidement mais progressivement, responsables de leur pratique. C'est tout un art ! Les moyens pour y arriver sont nombreux. Pour commencer, le professeur de yoga ne doit jamais négliger sa connaissance du corps humain, tant sur un plan de l’anatomie que sur un plan psychologique et comportemental. Pour ce faire, il doit pratiquer au moins autant qu’il enseigne, afin d’être capable d’en percevoir les paramètres et les limites (par ex : si une posture se veut apaisante, elle peut
être douloureuse si elle est mal exécutée… ). La valeur de son enseignement et sa crédibilité en dépendent. L’élève peut (voire se doit de) tester l’envergure de son maître, pour que l’engagement qu’ils prennent l’un envers l’autre puisse être fiable et pérenne.Ensuite, le professeur décide de son mode de pédagogie et doit faire preuve de subtilité dans sa capacité à créer de bonnes conditions, afin d'amener son élève à venir de lui-même dans la pratique, tout en le protégeant et en le sécurisant. De cette manière, là où l’élève avancera d’un pas, le professeur, lui, reculera d’un pas... Ainsi l'élève entamera une progression intelligente dans le yoga.

 

Cette pédagogie du yoga est valable pour les débutants comme pour les pratiquants confirmé, et pas seulement dans la pratique des asana, mais également pour tout se qui passe par le dialogue et l'échange verbal. Le professeur doit guider et éclairer la voie, mais sans donner de réponses. Chacun doit chercher sa propre réponse. C'est de cette manière, que l’intérêt sera suscité et maintenu.


La question de l'éthique

Les principes éthiques fondateurs du yoga réunis dans les Yoga Sutra de Patanjali doivent bien sûr être introduits dans la transmission des enseignants de yoga. Mais si les yama doivent être observés par le professeur durant les séances, je pense qu’ils doivent également êtres partagés auprès des élèves lors de la pratique. Il me semble essentiel que le professeur indique, par exemple, à ses élèves d’être attentifs aux limites que leur corps peut supporter, avant de basculer dans la violence de l’effort extrême (ahimsa), ainsi qu’aux faiblesses et déséquilibres à rectifier/corriger, en optant pour des postures intermédiaires ou des demi-postures (satya). L’élève est celui qui, mieux que quiconque, sait l’effet que sa pratique a sur lui. Et par ailleurs, le rôle de l’enseignant n’est pas, selon moi, de rendre l’élève dépendant de son maître, mais au contraire capable de pratiquer seul dès que possible. Il doit donc être à même de répartir ses efforts de manière équitable sur l’ensemble du corps (asteya), de gérer la répartition de son Prana (brahmacharya), de se détacher de ses certitudes /doutes (aparigraha), etc. Je crois fermement que le rôle de l’enseignant est aussi d’expliquer les effets souhaités de la pratique. Il s’en suit un réel respect pour cette discipline, qui n’existe qu’au travers de ses pratiquants et de ce qu’ils en font.


Il est donc évident d’accorder du temps à quelques explications et à l’introduction des niyamas, de manière progressive et graduelle. Pour cela, l’enseignant doit maîtriser le sujet et l’appliquer à sa propre pratique. Tout enseignant doit s’engager à respecter les principes fondamentaux du yoga et à observer un code éthique, permettant l’épanouissement de l’élève, ainsi que sa santé physique et psychique, en toutes circonstances. Il s’agit de respecter l’être humain dans sa dignité et sa liberté individuelle. Les origines éthiques, le sexe et les convictions politiques ou religieuses ne doivent ni faire l’objet de discrimination (positive comme négative), ni être sujets à l’enseignement. Il doit aussi bien sûr s’engager à une discrétion absolue quant aux informations personnelles livrées par ses élèves.

 

Tout enseignant doit continuer à se former tout au long de sa carrière. Sa soif d’apprendre lui-même auprès d’autres professeurs doit alimenter sa transmission aux autres et assurer sa propre progression. Concernant les diplômes, ils ont probablement assez peu de valeur… Seule la sincérité et l’humilité avec lesquelles l’enseignement est abordé comptent vraiment. Le professeur qui prétend avoir suivi l’enseignement d’un grand maître, alors que ça n’a pas réellement été le cas, n’a vraisemblablement pas saisi l’essence du yoga. C’est un problème qui surgit souvent lorsque l’aspect rémunérateur apparaît. La quête du succès peut révéler certains vices… il faut être prudent avec cet aspect de popularité dont un enseignant peut faire l'objet.

QUELLE PEDAGOGIE ?

Objectif : transmettre

Enseigner le yoga est un exercice complexe car l’enseignant doit perpétuellement faire preuve de critique envers sa propre pratique afin de la faire évoluer, en parallèle de sa transmission.

Iyengar disait que l’enseignant doit être positif pour que l’élève puisse être en confiance, et négatif envers lui-même pour s’ouvrir à l’auto-critique.

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Iyengar disait que l’enseignant doit être positif pour que l’élève puisse être en confiance, et négatif envers lui-même pour s’ouvrir à l’auto-critique.
La place de l’enseignant, comme son savoir supposé, doit faire l'objet d'une interrogation permanente. À quel titre suis-je compétent(e) pour apporter un éclairage spécifique dans le domaine de l’apprentissage ? Comment se met-on à apprendre ? Y a-t-il un désir, un appétit pour cela et quelle en est l’origine ? Il est bon de se rappeler que toute situation d’apprentissage nous confronte, enseignant ou enseigné, à nos limites, car tout apprentissage implique une résistance au changement. Et le psychisme humain est lui aussi conservateur.

La science cognitive indique que l’on doit se connaître soi-même avant d’apprendre aux autres. L’enseignement du yoga doit regrouper avec souplesse différentes approches qu’il faut prendre en considération indépendamment sans pour autant les séparer d’un mouvement d’ensemble. Le fait de lier le corps et l’esprit dans un même travail interactif oriente l’enseignement vers la question de la transformation plutôt que de la transmission d’un savoir technique. Bien sûr, ce savoir technique est là est au service et de la transformation et de la transmission. Il est un moyen et non un but.


On pourrait donc dire que le savoir est à double rebond, il concerne autant l’enseignant que l’enseigné, et ni l’un ni l’autre ne doivent rester statiques. Il ne faut donc pas négliger la valeur des textes sacrés indiens, comme les Yoga-sûtra, qui proposent implicitement une forme de pédagogie.


La notion de transformation, si fortement mise en valeur, invite à prendre en compte tout ce qui concerne le recommencement, la répétition, la modulation, la variation jusqu’à la modification explicite et réalisée. Le temps prend alors tout son sens, de même l’écoute qui comprend l’oreille comme le regard, et la vigilance, l’attention, la discrimination et la patience liée à une vraie humilité.


Le rapport professeur/élève

Les Upanishad parlent de la peur et les Yoga-sûtra de l’angoisse. Cela est en apparence étranger à toute réflexion sur l’enseignement. Pourtant cela suggère que la qualité de l’enseignement ne doit pas favoriser ou redoubler cette peur ou cette angoisse par un pouvoir qu’il est facile d’exercer en tant qu’enseignant. De l’autre côté, si l’élève a des difficultés à faire passer ce qu’il sait, c’est que peut-être il se soucie davantage de son savoir que des obstacles qu’il fabrique lui-même à la transmission de ce savoir. La première phase de l’enseignement consiste à prendre conscience des obstacles, côté enseignant comme côté enseigné, puis à les éliminer.


Il y a donc un travail préparatoire à tout enseignement, particulièrement dans le cas du yoga. Le jeune enseignant doit travailler sur la place qu'il occupe durant son cours. Il ne doit pas être en représentation. L'élève n'est pas un public face à un show... Il doit savoir poser sa voix pour que ses propos sonnent juste et raisonnent, sans pour autant occuper toute l'attention des élèves. Il ne doit pas non plus abuser de son savoir-faire pour impressionner ses élèves et attirer leur admiration. Et par ailleurs, il doit accorder autant d'importance à chacun de ses élèves. La relation au groupe est un exercice peu évident au départ, mais qui doit vraiment faire l'objet de toutes les attentions. Il s’agit d’une relation que l’on pourrait qualifier d’éthique par rapport aux autres, d'une intelligence face à cette situation. C’est cette intelligence de la situation qui définit l’enseignement, qui manifeste une réelle visibilité dans la relation enseignant/enseigné. D'une certaine manière, le professeur doit oublier qu’il sait au profit d’une relation partagée avec l’autre.


La transmission du Yoga n’est donc pas seulement un enseignement technique, mais également une histoire de lien entre le professeur et l’élève. Cet aspect représente une très importante partie d'un enseignement abouti. Le maître peut s'appuyer sur certains repères existants pour le définir, mais il est également nécessaire que chaque enseignant s’interroge sur sa façon de transmettre, afin de se rendre compte de la façon dont il peut s'impliquer singulièrement. Il y a forcément une grande part d’inspiration et de talent venant de l'enseignant, dans sa manière de communiquer son savoir.


Engagement et respect : Dharma


Implicitement, l’enseignant se place hiérarchiquement au-dessus de l’élève. Cependant, le concept de Dharma est important dans le processus pédagogique du yoga. C'est une sorte de rigueur de comportement à appliquer envers soi-même et par rapport aux autres, afin de toujours respecter un équilibre entre ce qui est donné et ce qui est reçu, entre élèves, entre enseignants, et entre élèves et enseignants. Mais cette notion de Dharma, en fonction du contexte, peut s’appliquer de différentes façons et s’illustrer différemment en Inde, en France ou aux Etats-Unis.

L'ENSEIGNANT

La DEMARCHE

J'ai souvent lu /entendu : "Le yoga, c'est 10% de technique, et 90% de relationnel".

Il y a peu de temps, un ami, qui vit à distance et qui souhaiterait découvrir le yoga, me demande si je peux me filmer pendant ma pratique et lui envoyer ces vidéos afin qu'il puisse s'en servir de tutoriels...

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J'ai d'abord souri, puis je lui ai répondu que cette idée ne me semblait pas inintéressante, mais qu'il ne pouvait pas envisager de s'en contenter pour débuter dans sa pratique. Ca a immédiatement déclenché une longue discussion sur l'importance du contact entre professeur et élève. Là est la question, pour moi qui m'apprête à enseigner : qu’ai-je à transmettre et comment ?


A la suite d'une formation de professeur de yoga, nous avons de solides bagages techniques : asana, pranayama, sutra… Nous avons vécu des mises en situation ... Mais j'ai pourtant la sensation de me jeter dans l'inconnu... Et c'est sans doute vrai car mon enseignement dépendra des élèves qui se présenteront... Les grands maîtres s’accordent à dire que l'enseignant apprend autant à ses élèves que de ses élèves. Une relation de confiance

La confiance est essentielle. Elle donne de l’énergie, l’énergie renforce la mémoire qui permet d’atteindre un grand niveau de concentration vers la sérénité. C’est la base de beaucoup de relations pédagogiques, et pas seulement dans le yoga. Chaque enseignant, dans toute discipline doit inspirer respect et confiance à ses élèves afin que ceux-ci puissent assimiler et mettre en pratique un savoir. Ainsi, il communique l’énergie nécessaire pour se mettre au travail. La mémoire en est ainsi renforcée, mémoire de la connaissance assimilée, de l’expérience dont on se souviendra. Ce processus permet, pas à pas, de se rapprocher vers ce qu’on peut nommer la sagesse. Une pratique adaptée


Un cours particulier est idéal afin d’adapter l’enseignement à chaque personne. L’état de l’élève, ses besoins, ses capacités, son âge, sont autant de facteurs à prendre en compte que la saison, le mois en cours, l’heure de la journée, etc. Mais dans le cas de cours collectifs, ceci se traduit par une observation attentive de l’élève par le professeur et de l’élève envers lui-même. Le professeur peut adapter les postures et
leur durée…L’élève doit être suffisamment à l’écoute de lui-même pour doser ses efforts et garder l’axe principal de la posture. Lorsque le corps ne peut pratiquer une posture ou ses variantes, l’enseignant peut suggérer de les réaliser mentalement : cette visualisation produit également des effets.

" Qu'il soit jeune, âgé, ou extrêmement âgé, même malade ou infirme, chacun peut atteindre
la perfection en yoga par un entraînement assidu.". Bible du yoga, p34

Mise en condition mentale


Par ailleurs, on peut également introduire une intention avec laquelle on décide d’engager la séance de yoga (bhavana) et qui peut avoir différents supports : le souffle, les sensations dans une ou plusieurs parties du corps, l’ouverture d’une zone, l’ancrage, la légèreté, ou même une règle de comportement envers soi-même ou les autres (yama ou niyama), par exemple la notion de non-violence (Ahimsa) ou de franchise (Satya). En y associant les postures, les techniques respiratoires et les temps d’introspection, les élèves peuvent ainsi s’ouvrir à de nouvelles perspectives sur leur pratique, afin de saisir à quel point une même posture peut se vivre de diverses façons.

 

Tout en douceur

 

Les exercices les plus difficiles sont donc préparés par les précédents par un enchaînement progressif, et certaines postures sont répétées au moins 3 fois puis maintenue dans l’immobilité et la durée. Elle peut aussi être abordée directement en statique : on l’effectue alors en krama, c’est-à-dire graduellement, à l’aide de la respiration qui va permettre d’aller plus loin, pour atteindre un état optimal. On vise l’équilibre entre postures symétriques – asymétriques et enchainement dynamique – statique. La contre posture garantit l’équilibre corporel : elle agit comme une compensation et protège le pratiquant de douleurs ou de tensions pouvant accompagner les postures les plus exigeantes.

" Une fois qu'un asana est maîtrisé, on le fait avec aisance, sans effort et il ne crée pas de
gêne. Les mouvements du corps deviennent harmonieux.". Bible du yoga, p80

L’importance de la respiration


En règle générale, on inspire lors des mouvements d’ouverture et d’expansion, on expire dans les fermetures et contractions. Dans certains cas, on inverse cette règle afin de goûter à un effet et une perspective différents. La respiration invite le corps physique et le système nerveux a se relâcher et, par voie de conséquence, détend le mental. Pendant la séance plusieurs façons de respirer peuvent être proposées selon l’effet recherché : respiration abdominale ou yogique, avec ou sans la respiration sonore dite ujjay, avec ou sans rétention du souffle, …le rythme peut également varier : expire plus longue que l’inspire, de durée égale, etc.


L’usage des sutras


Les yoga sutras de Patañjali peuvent être incorporés par l’enseignant lors de la pratique, afin d’amener une dimension mentale bénéfique. Par exemple, dans le chapitre II, à l’aphorisme 46, Patañjali définit la posture par la présence simultanée de deux qualités : Sthira sukham āsanam (ferme et confortable devra être la posture). Sthira signifie fermeté, stabilité. Sukha se rapproche du bien-être et du lâcher prise. L’un et l’autre sont intimement liés, de sorte que l’un n’est parfait qu’en présence de l’autre : « C’est l’attention sans la tension, la détente sans la mollesse », selon le commentaire de T.K.V. Desikachar. Durant une posture et entre chaque posture, l’enseignant peut proposer un temps de pause destiné à l’écoute des sensations corporelles laissées par la posture, afin de créer une ouverture et une communion entre le corps et le mental.

Yoga sûtra III-6 - " Son application2 pratique se fait par étapes, d'un territoire conquis à
un autre "
Ces étapes, cette gradation, évoquent le chemin spirituel sur lequel on avance pas à pas,
les seul effort nécessaire étant celui de vigilance qui permet de dénouer un noeud, un autre.
Une prise de conscience ouvre sur le lâcher-prise, ce qui nous encombrait nous abandonne
progressivement. C'est l'image des voiles qui s'écartent, redonnant à la conscience sa clarté
originelle.
2 - La pratique du Samyama, conséquence de l'état de méditation, induit par l'état d'unité.


Faire preuve de modestie


Lorsque l'enseignant démontre physiquement les postures, avec l'aisance corporelle acquise grâce à son expérience, face à des élèves débutants complexés, inhibés et hésitants, cela peut renvoyer une image du yoga hors de leur portée, répondant aux idées reçues véhiculées par les réseaux sociaux internet et autres supports faisant l'éloge du corps parfait et de performances acrobatiques. En n'ayant principalement que des indications orales/verbales, l'élève se voit obligé de comprendre ce qu'il doit ressentir et activer, par sa propre réflexion, sans se comparer aux autres. De fait, le mental est davantage sollicité et l'effet de la pratique est plus efficace.

Les ajustements


Ajuster ou non les élèves, tel est le perpétuel débat entre enseignants... Mais il y a également différentes façons d'ajuster un élève dans sa posture. Les indications orales restent à mon sens les plus efficaces et les plus douces. L'élève prend immédiatement conscience des limites que son mental s'est fixé et les dépasse de lui-même naturellement. Il prend confiance et trouve le courage d'aller encore plus loin. Il est tout-de-même parfois nécessaire d'apposer les mains sur une/des partie(s) du corps afin de déclencher un signal tactile plus efficace que des mots, notamment pour des élèves ayant une très faible conscience de leur compétences physiques. Néanmoins, l'ajustement intrusif, forcé et violent, souvent à l'origine de souffrance, voire de blessure, n'est en aucun cas une solution d'ajustement idéale pour accompagner l'élève dans l'éveil de sa conscience...

MA DEMARCHE

MISE EN PRATIQUE

Les élèves

Durant l’automne 2015, dans le cadre expérimental de ce mémoire, j’ai rassemblé 4 volontaires pour 10 séances hebdomadaires de 90 minutes. Gilles, homme de 33 ans, ingénieur, pratiquant l'apnée, la voile et la randonnée. Amateur d'Hatha yoga (depuis 6 mois).

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Marie-Jo, femme de 43 ans, réalisatrice de films d'animation et musicienne, pratiquant occasionnellement le footing et la danse. Brèves expériences en yogas. Silvina, femme de 48 ans, céramiste, pratiquant le footing. Courte expérience en yoga (de 2011 à 2013). Margot, femme de 35 ans, infirmière et naturopathe, pratiquant la randonnée. Assidue au bikram yoga depuis 1 an. Ne connaissant pas l'ashtanga et étant chacun en quête d'un meilleur équilibre, ils m'avaient sollicité principalement par curiosité, pour pratiquer à mes côtés et ont donc accepté de jouer le jeu.

Gilles subissait une période de fatigue chronique. Marie-Jo était particulièrement épuisée psychologiquement et physiquement (pour cause de problème familial). Silvina, quant à elle, était physiquement bien mais émotionnellement perturbée. Margot, si ce n'est une prise de poids dû à l'arrêt du tabac (et donc un changement alimentaire), était plutôt en bonne santé.

Introduction de la 1ère séance Lors de la première séance, j’ai souhaité aborder certains points avant d'amorcer la pratique, afin d'indiquer certaines valeurs et points importants qui seront récurrents par la suite : Ce qui me semblait essentiel était en priorité de clarifier la place des postures dans le yoga. J'ai donc décidé d'évoquer les 8 piliers, afin de transmettre l'idée que le yoga n'est pas un sport mais une voie, qui prend tout son sens en dehors du tapis. Les yama : règles sociales ou la juste relation avec l’environnement social :

1. Ahimsa : la non-violence (ne pas être violent)
2. Satya : la vérité (être authentique)
3. Asteya : ne pas voler (ne pas prendre des choses qui ne me sont pas données)
4. Brahmacarya : l’abstinence (s’éloigner de ce qui peut trop me distraire)
5. Aparigraha : non-possessivité (ne pas être avide, ne pas prendre plus que ce dont j’ai besoin


Les niyama : règles personnelles d’auto-discipline ou la juste attitude vis à vis de soi :


1. Sauca : la pureté du corps (être propre et ordonné)
2. Santosa : le contentement (se contenter, reconnaître ce qu’il y a de bien dans notre vie)
3. Tapas : le travail (cultiver l’effort)
4. Svadhyaya : l’étude (apprendre sur soi-même, se connaître soi-même)
5. Ishvara pranidhana : le lâcher prise (s’en remettre à l’univers ou reconnaître qu’on ne peut pas tout contrôler)


Les asana : postures
Les pranayama : contrôle ou régulation du souffle

Facilitée par la pratique des postures (assouplissement, conscience du corps), la régulation du souffle améliore grandement l’homéostasie générale de l’individu et sa capacité de concentration mentale. Tandis que l’homme ordinaire respire pour survivre, le yogi respire pour vivre.


Pratyahara : retrait des sens, des organes pour mieux canaliser et unifier le mental Nos 5 sens sont constamment attirés par le monde extérieur (les sons, les objets…) à un point tel, que nous sommes décentrés. Pour la plupart d’entre nous, les contraintes sociales font que nous n’avons plus le temps de faire une pause et que nous oublions, voire ignorons, notre propre nature.

Dharana : concentration Après avoir réussi à se concentrer sur une seule chose, on peut passer à l’étape suivante : méditer ! La méditation laisse le flot des pensées couler, sans que l’esprit ne s’attache à une pensée en particulier.

Dyana : méditation Facilitée par la pratique des postures (assouplissement, conscience du corps), la régulation du souffle améliore grandement l’homéostasie générale de l’individu et sa capacité de concentration mentale. Tandis que l’homme ordinaire respire pour survivre, le yogi respire pour vivre.

Samadhi : attention absolue ou l’état d’unité C’est l’étape ultime du yoga, quand on ne voit plus les différences entre les êtres, quand on se sent uni avec le tout, connecté avec l’univers en général ! Puis, j'ai voulu les mettre en garde quant à la bienveillance et la douceur dont on doit faire preuve vis-à-vis de soi-même : "Sur le tapis, la pratique permet de trouver et préserver une aisance du corps (souplesse, tonicité, santé des organes, etc.) et la paix de l'esprit. Ce n'est pas un concours. Lors de cette pratique, on ne doit pas éprouver de douleur trop forte. Si c'est le cas, c'est qu'on fait une erreur ou que l'on a un souci... ". J'ai bien-évidemment signalé, par ailleurs, que les postures inversées étaient fortement déconseillées aux femmes qui ont leurs règles.

" Si l'on a l'impression que le nombre d'asana et leur durée ont augmenté, on peut en adapter le nombre et le rythme à ses possibilités. (...) Ceux qui veulent faire la salutation au soleil et se développer les bras et la poitrine peuvent faire la séquence suivante d'asana, en faisant au commencement six cycles complets et en augmentant progressivement ce nombre selon leur capacité. "

Bible du yoga, p500

Il me semblait également important de leur signaler certains points, qui seront rappelés lors de la pratique : " Vos épaules doivent toujours être dégagées afin de préserver de l'espace entre elles et les oreilles. Lors des torsions, c'est plus ou moins au niveau de la taille que ça se passe. Ne forcez pas au niveau des lombaires, ni dans la partie supérieure du dos. Ces zones là de la colonne vertébrale sont assez passives dans ces postures. Pour un meilleur ancrage au sol et pour protéger vos poignets, écartez vos doigts et vos orteils, vous verrez que vous maitriserez d'avantage le contact avec la terre... Afin de protéger vos articulations (si fragiles et précieuses, n'oublions pas qu'elles permettent la mobilité), verrouillez-les pour éviter l'hyper-extension, et sollicitez vos muscles. Enfin, en ashtanga, 3 éléments doivent être présents du début à la fin de la pratique des asanas : le regard "drishti" : qui pose une intension sur l'action, la respiration "ujyai", sonore et générant bcp de chaleur, et l'engagement des "bandha" (moolabandha,uddiyanabandha et jalandhara) : verrous psychoénergétiques permettant de canaliser et élever l'énergie. Ils permettent un travail en profondeur et représentent parfois une protection pour cette zone fragile de l’anatomie."


Nous avons ensuite pu procéder à une mise en conditions pour la pratique : " Asseyez-vous confortablement à l'avant de votre tapis.
Fermez les yeux.
Mettez de côté les problèmes qui vous encombrent. Installez-vous dans le moment présent. Prenez conscience de l'air que vous respirez, et qui vous traverse, des énergies qui circulent en vous, à l'inspiration, et à l'expiration. Ecoutez votre respiration. Je vous propose d'entrer progressivement dans la pratique. Prenez conscience des fluides qui relient chaque particule de votre corps à votre mental. Visualisez les connexions entre vos yeux, votre mental, votre nez, votre bouche... Vous pouvez commencer à installer lentement une respiration ujjayi, en douceur. (… une minute plus tard, environ) Maintenant, contractez moolabandha. Il s’agit de la zone du périnée, entre le sexe et l’anus."

Les séquences de postures

J'ai chanté le mantra d'ouverture. Puis nous avons commencé les asanas. J'avais préparé une série à un niveau de difficulté assez bas, mais permettant tout-de-même un travail assez global :


ETAPE 1 (cours 1 et 2)
J’ai pris grand soin d’annoncer correctement l’entrée de chaque posture ainsi que les inspirations et expirations, en insistant lorsque c’est plus important… Le défi pour moi, lors de cette première séance était (entre autres) de ne rien oublier mais de ne pas non-plus les noyer d’infos.
Evidemment, en fonction des possibilités de chacun, j'ai proposé des postures intermédiaires, ou demi-postures, en expliquant toujours quel effort et partie du corps doivent être sollicités...


Je n'ai effectué aucun ajustement manuel, par peur de les surprendre ou de le gêner. J'ai préféré apporter des précisions et corrections verbales, dans ce premier cours. Lors de la relaxation de fin, j'ai apporté quelques ajustements manuels, afin de les guider vers un véritable relâchement de tous les membres du corps. Puis nous avons chanté en coeur 1 "OM" suivi de 3 "Shanti". Pour conclure cette première séance, nous avons fait un "tour de table" afin que chacun partage ses impressions avec les autres. Gilles s'est intéressé au rythme et à la dynamique. "Les postures s’enchainent assez rapidement, et sont nombreuses et variées, ce qui me semble offrir un travail complet sur
l’ensemble du corps." Marie-Jo a été surprise par les bienfaits de la respiration Ujyai. Silvina a particulièrement retenu l’aspect vinyasa, l'enchainement des postures en rythme avec la respiration.

Lors des séances suivantes, j'ai fait évoluer les séries de postures, au fur et à mesure, en fonction de leur progression, tout en introduisant petit-à-petit les bandha :

ELEVES

LEURS RETOURS

A l’issue des 10 cours, j'ai procédé à des entretiens individuels, afin d'avoir des retours sur mon approche pédagogique

A la question "Avez-vous appris quelque-chose sur le yoga ?" Gilles : "J’ai appris que le yoga pouvait être très différent d’un enseignement à l’autre.

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D’un point de vue plus technique, je pense avoir progressé aussi sur les postures, je les comprends plus finement et je fais plus attention à étirer au bon endroit, placer les mains et les pieds efficacement, etc.

" Marie-Jo : "Je réalise les bienfaits que ça engendre sur le physique mais aussi le mental."

Silvina : "Je méconnaissais la diversité des pratiques mais également l’amour des enseignants pour la philosophie liée au yoga."
Avez-vous appris quelque-chose sur vous-même ?
Gilles : " Le yoga m’a permis de mieux prendre conscience de mon corps et de l’impact du mental sur le corps."
Marie-Jo : "Je réalise que j'avais besoin des ces moments où je m'accorde du temps."
Silvina : "J'ai compris que je suis capable d’aller au-delà de mes appréhensions et peurs."
Qu'avez-vous pensé de l'approche de l'enseignant durant ces 10 séances ?
Gilles : "J’ai apprécié son implication mais aussi sa prudence, toutes ses précautions pour qu’on se dépasse sans se faire mal."
Marie-Jo : "J'ai trouvé ça très bien amené, avec les premières séances qui nécessitaient des explications, et au fur et à mesure des séances, les différents exercices s'enchainent. Elle a su créer une ambiance très chaleureuse, détendue, tout en étant sérieuse et très à l'écoute de chacun."
Silvina : "J'ai apprécié le fait d'avoir les explications nécessaires à la compréhension et de prendre du temps… Je me suis sentie en confiance."
De manière générale, qu'avez-vous apprécié ?
Gilles : "J’ai apprécié la convivialité et aussi particulièrement les petits massages pendant la relaxation en fin de séance."
Marie-Jo : "J'ai beaucoup aimé le déroulé, les explications au fur et à mesure quand nécessaire, la bonne ambiance et le sérieux. Mais aussi la progression des différentes postures et difficultés, debout, assises , couchées, pour finir sur un moment de relaxation indispensable."
Silvina : "Le rythme progressif, les petites bougies et l'ambiance, l'utilisation des termes en sanscrits, les explications et le confort des couvertures."
Avez-vous ressenti une progression dans votre pratique hebdomadaire ? Si oui, pourriez-vous la décrire ?
Gilles : "Oui, une meilleure compréhension des enchaînements et des postures, plus de facilités dans les postures aussi, je me suis probablement un peu assoupli grâce à ce
travail."
Marie-Jo : "Oui, j arrivais à aller plus loin dans les différentes postures et prendre du plaisir à venir... "
Silvina : "Oui, au bout de 5-6 séances, mes enchainements sont devenus de plus en plus fluides et mes postures de plus en plus abouties en respectant les consignes."
Si oui, pensez-vous qu'elle soit bénéfique dans votre vie quotidienne ?
Gilles : "Oui. C’est vrai pour l’ensemble de ma pratique sportive en fait (apnée, hatha yoga et ashtanga yoga). Mais je me sens plus dynamique, moins fragile, moins sujet à mal de dos.
J’ai une posture plus saine aussi bien debout qu’assis."
Marie-Jo : "Oui , complètement !"
Silvina : "Ouiii !"
Pensez-vous être capable de pratiquer seul(e) après ces 10 séances ?
Gilles : "Je pratique déjà un peu seul, en reproduisant désormais une partie des postures issu de ces ateliers. Mais je ne suis pas complètement autonome, il y a sûrement des postures que je fais mal et je n’ai pas retenu tous les enchaînements. J’ai encore besoin de
cours."
Marie-Jo : "Je pense pouvoir me rappeler de la plupart des enchainements des postures , mais en ce qui me concerne , j'ai besoin d'être avec d'autres pour me motiver à faire vraiment du début à la fin sérieusement... "
Silvina : "A part les salutations au soleil, non... J'ai peur de mal faire et d’avoir un résultat néfaste… "
Par rapport à votre état général d'avant le début des séances, ressentez-vous un changement ? Si oui, lequel ?
Gilles : "Oui, je suis moins fatigué, mais ça c’est plutôt dû à des efforts sur la gestion du sommeil et l’amélioration de l’alimentation. En revanche, j’attribue directement au yoga le fait d’être physiquement plus détendu (moins de tensions et douleurs musculaires/articulaires)."
Marie-Jo : "Oui, je me sens plus sereine et plus forte !"
Silvina : "Evidemment. Je me sens plus calme."
Pourriez-vous également parler d'un état avant/après séance ?
Gilles : "J’arrive généralement aux séances en venant du boulot, donc affecté par du stress, des tensions et souvent en retard ou en courant pour rattraper le retard… En partant, je me sens plus ouvert sur le monde, souvent souriant, je marche d’un pas plus lent et avec la détente musculaire, il y a une impression de flottement très agréable."
Marie-Jo : "Je suis souvent fatiguée et quelques fois barbouillée avant , mais apaisée et réajustée après."
Silvina : "J'arrive souvent très déconcentrée et énervée, je repars toute calme, détendue et assouplie... "
Avez-vous envie de poursuivre une pratique hebdomadaire ?
Gilles : "OUI ! Quotidienne même !"
Marie-Jo : "OUI !"
Silvina : "OUI !"
J'avoue être assez satisfaite de cette première expérience et pense avoir déjà pu sentir quelles ont été (et peuvent être) mes erreurs, mais également quand je suis sur la bonne voie. Margot n'a malheureusement pas pu participer aux entretiens, mais je sais que tous quatre ont vécu quelque-chose de fort qu'ils souhaitent poursuivre. Je trouve très positifs d'avoir réussi à gagner leur confiance et de constater qu'ils sont capables de comprendre quel processus s'est mis en route...

ASHTANGA YOGA

CONCLUSION

On dit qu’un professeur de yoga transmet « ce qu’il est » et non « ce qu’il sait ». Je trouve
cette phrase très juste.

« Ce qu’il est » réunit sa connaissance, son expérience, sa propre pratique, ses observations, sa bienveillance, ses intentions et la volonté qui lui donne chaque jour suffisamment d’impulsion, et de foi dans les bienfaits du yoga.

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C’est probablement pour cette raison que tout le monde s’accorde à dire qu’il existe autant de yogas que d’enseignants. C’est une vision tout-de-même exagérée, mais qui reflète bien cette idée qu’une relation de confiance doit s’installer entre le professeur et son élève. On pourrait presque dire qu’il y a autant de yogas que d’élèves… Accorder du temps à la mise en place du processus de relation entre l’enseignant, l’élève et la discipline elle-même, est pour moi essentiel. Je dirais que c’est la première leçon que l’on reçoit du yoga : mettre de côté ses idées reçues (notamment sur soi-même), et accepter que quelque chose doit et va changer, mais également que ça peut prendre beaucoup de temps. Le professeur doit amener cette notion comme quoi le yoga n’est pas un loisir qui occupe un emploi du temps de 18 :30 à 20 :00, le mercredi… mais une voie à suivre au quotidien, un chemin de vie…qu’il ne s’agit pas d’acquérir rapidement souplesse et détente en quelques séances, mais d’effectuer un travail global sur le corps, le mental et l’appréhension de tout ce qui constitue la Vie, afin de trouver l’équilibre, la santé et une bonne philosophie.

Yoga sûtra II-38 - " Etre établi dans la modération donne une bonne énergie de vie" Car ce sont les excès, les extrêmes, qui provoquent le déséquilibre et consomment notre
énergie.

L’élève doit être guidé dans un travail qui va le faire voyager dans son intériorité, par le biais de l’écoute de soi, de l’effort, de la méditation, etc. Il risque d’être bouleversé par les déblocages que peut engendrer le yoga. Il peut être amené à découvrir ce qui se cache en lui et quelles sont les solutions à son bien-être et son confort. Même dans des moments difficiles durant la pratique, l’élève ne doit pas pouvoir douter des
intentions bienveillantes de son enseignant.


" L'élève doit avoir la foi et ne doit pas se décourager s'il ne peut atteindre le but dans le
temps qu'il avait espérer.". Bible du yoga, p33

L'enseignant et l'élève ne doivent jamais perdre de vue que la pédagogie du yoga laisse une très large place à l’initiative de l’élève. L'enseignant lui fournit des clés pour explorer luimême son intériorité. C'est l’expérience du yoga. Sentir la progression, l’impact de chaque petite pierre ajoutée à l’édifice, étape après étape, l’assimilation, la diffusion, l’émanation de chacun de bénéfices du yoga, sur le tapis comme
au quotidien, voilà ce qui encourage l’élève comme son professeur à poursuivre le cheminement, réparateur puis préventif, du yoga. Au stade de la transmission que j’amorce à peine, mon approche est encore fragile, je manque d’assurance, je n’ai pas encore toutes les réponses… mais quoi que je fasse, je tiens à approcher mes élèves avec le plus grand soin. Il est important pour moi qu’ils repartent du cours avec le sourire et le sentiment qu’ils avancent, pas à pas… qu’ils sont sur la bonne voie, et qu’ils se le doivent à eux même, parce qu’ils ont fait la démarche d’aller vers le yoga, que ce soit à mes côtés ou aux côtés de quelqu’un d’autre. D’ailleurs, il m’arrive de préciser à de futurs élèves qu’ils peuvent venir faire un cours d’essai avec moi, et que si mon enseignement ne leur convient pas, on peut en discuter pour que je les dirige
vers quelqu’un d’autre. Le yoga ne m’appartient pas, et les élèves encore moins ! Une fois le premier pas vers le yoga effectué, je pense que ma mission est de les encourager sur ce chemin.


Il y a 5 règles que je souhaite m’imposer et qui seront la ligne de conduite de mes futures expériences en tant qu’enseignant, c’est de ne jamais oublier :


1/ que je suis encore et serai toujours élève
2/ quelles sont les valeurs qui m’ont été transmises et qui m’ont guidées sur la bonne voie
3/ les raisons (puis conséquences) pour lesquelles j’ai accueilli le yoga dans ma vie
4/ que j’ai beaucoup à apprendre de mes élèves
5/ que cette discipline, qui est aussi un art de vivre, ne doit pas faire l’objet de jalousie, de
conflit ou de secrets, mais doit se partager avec amour, douceur et générosité, toujours…
La préparation de ce mémoire m'a permis d'inscrire mes influences sur papier, et d'ordonner toutes mes idées et intentions. Désormais, seule ma pratique d'enseignement pourra m'apporter des réponses. Il s'agit d'un parfait équilibre entre doutes (sur mes compétences), enthousiasme (à vivre toutes ces futures rencontres) et confiance (au fait que rien n'arrive sans raison).

Comme pour ma pratique personnelle, j'imagine que chaque étape franchie, chaque épreuve surmontée, chaque échange me préparera à devenir un meilleur enseignant, progressivement.